La merveilleuse insouciance des enfants

Chers parents,

Ce n’est pas sans un mélange d’émotion et de reconnaissance, et en même temps rempli de bons souvenirs que je vous adresse ces quelques mots !

Mais rassurez-vous, je ne vais pas épiloguer sur des souvenirs du temps passé…. J’aimerais en fait juste en rester à l’atmosphère que ces souvenirs provoquent en nous : ce sera moins personnel et surtout chacun de vous pourra se l’approprier.

L’enfance, c’est le temps de l’innocence, c’est le temps de l’insouciance ! Combien peut-être serions-nous prêts à donner, nous adultes, pour mettre de côté nos soucis et nos devoirs, et nous replonger dans ce monde des enfants… presque dénué de soucis.

C’est le but de notre école de protéger cette innocence, de former et d’éduquer les adultes de demain, et encore mieux de préparer les chrétiens de demain.

Je ne voudrais pas manquer l’occasion de remercier le comité et l’équipe des enseignants pour leur travail. Dans une école, il y a toujours des choses à améliorer et à corriger. Mais il y a aussi à étudier le monde dans lequel nous vivons et c’est pourquoi ce point me tient à coeur : aujourd’hui peut-être plus que jamais, il faut protéger l’insouciance de nos enfants.

Je ne sais pas si le terme « insouciance » est vraiment bien choisi, mais il fallait un mot qui souligne cette attitude importante pour les enfants. Nous le voyons trop souvent et nous souffrons pour ces enfants tiraillés entre un père et une mère qui se sont séparés : ce sont des soucis qui ne sont pas de leur âge.

« Insouciance » ne veut pas dire manque d’intérêt pour les choses essentielles, et encore moins caprices et gamineries. C’est tout le charme des questions de nos enfants : si simples et en même temps si profondes.

Mais cette insouciance apparaît encore plus décalée face au monde toujours plus anxiogène dans lequel nous vivons. L’incertitude qui nous habite, la crainte de l’avenir : rien de cela n’est nouveau et c’est tout à fait compréhensible. Mais la crise que nous vivons a peut-être exacerbé plus que jamais ces sentiments. Elle nous a découragé au point de nous empêcher d’agir. Nous sommes perdus dans la situation présente et nous transmettons cette peur et cette angoisse à nos enfants.

A chaque jour suffit sa peine, ou plutôt à chaque âge ses responsabilités. S’il faut que nous soyons réalistes autant que combatifs, il nous faut surtout être remplis d’espoir et d’espérance. Nous devrions, comme dit saint Paul, « vivre d’espérance ».

Il n’y a pas d’époque triste ! Certes le jugement de l’histoire sera rédhibitoire sur certains points, mais il n’y a pas à regretter l’époque que Dieu nous a donnée et il faut que nous soyons prêts à changer cette histoire, il faut que nos enfants soient enchantés à l’idée de le faire.

En fait, si on l’étudie de plus près, l’insouciance des enfants n’en est pas vraiment une. Dans tous les cas, ce n’est pas calculé : ils sont tournés naturellement vers ce qui le plus important pour eux et mettent de côté ce qui est secondaire.

C’est justement ce que nous n’arrivons que difficilement à faire : nous plonger dans l’essentiel… La plupart de nos craintes se portent sur des choses au sujet desquelles nous n’avons aucune certitude et nous y perdons l’essentiel de notre temps.

L’Eglise nous fait chanter à l’office des complies ces belles paroles : « Entre vos mains Seigneur, je remets mon esprit ». Seigneur, je remets la peine et les soucis du jour ; c’est le coeur léger que je vais prendre mon repos. Quelle belle attitude ! C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, mais c’est ce qui nous rend prêts, le lendemain, à affronter les difficultés du quotidien.

L’insouciance, c’est cette vertu des enfants et de ceux qui leur ressemblent, car surtout n’oublions pas : si nous ne devenons pas comme l’un de ces enfants, nous n’entrerons pas dans le royaume de cieux !

Abbé Thibaud Favre