Jouer, c'est sérieux

Chers fidèles,

En regardant les vitrines de Noël, et les cadeaux qui y sont proposés pour combler les enfants, on peut découvrir ce que l’industrie du jouet met en œuvre pour percer au mieux la nature humaine et satisfaire à ses besoins les plus essentiels. Celui qui saura captiver, pour ne pas dire capturer, l’enfance se rendra indispensable, c’est cette démarche des concepteurs qui garantit le succès des ventes.

Connaissez-vous le tigre Tyler ?

C’est un tigre en peluche. Mais une peluche pas comme les autres.

C’est une peluche interactive de la marque FurReal équipée de nombreux capteurs tactiles et sonores.

Tyler n’est pas seulement un petit tigre rugissant, il s’agit d’un tigre qui répond aux stimulations de son propriétaire. Il possède plus d’une centaine de combinaisons de sons et de mouvements. Il rugit, il ronronne, il bouge ses yeux, ses oreilles, sa tête, sa bouche et sa queue.

Tyler est également vendu avec son petit jouet. Il s’agit d’un poulet tout jaune qui ressemble aux jouets pour les chiens. Il est tout en plastique et il couine quand on appuie dessus. Puisque c’est le jouet du tigre, Tyler réagit quand il l’entend ou quand on lui présente devant la bouche.

Pour le faire rugir, la technique est tout ce qu’il y a de plus simple : il suffit de rugir soi-même ! Autant dire que les enfants s’en donnent à cœur joie.

Confortable à câliner, tout est fait au mieux pour pouvoir le porter et le serrer dans ses bras.

Il faut voir le sérieux avec lequel les enfants jouent. Plus ils sont jeunes, plus ils reproduisent ce qu’ils connaissent et ce qu’ils pensent être la façon dont le monde fonctionne autour d’eux.

Tyler le tigre en peluche leur donne la possibilité de faire de nombreux jeux. Il est alternativement un tigre qui agit comme un chat, un tigre de zoo ou de cirque, une bête féroce qu’il faut capturer ou observer.

Jouer avec lui pendant des heures, c’est facile ! Tant que l’on continue à changer les piles en fait.

C’est un cadeau qui plaît à tous, fille et garçon de plus de 4 ans.

Finalement le plus dur va être de mettre Tyler au lit tous les soirs et de s’assurer que plus personne ne rugit de façon intempestive à n’importe quelle heure !

Grandeur et beauté de l’éducation

Je ne viens pas vous dire du mal de Tyler le tigre mais je voudrais avec vous admirer comment l’industrie du jouet agit avec intelligence en analysant et en s’adaptant aux besoins de sa clientèle.

« Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière »,  disait Notre-Seigneur.

D’autant plus surprenant que les premiers travaillent pour un succès commercial et nous pour la vie éternelle !

Quand on pense à l’éducation on se rappelle souvent les heures difficiles à l’école, l’apprentissage pénible, les angoisses des devoirs à rendre et des notes à faire signer à ses parents.

L’éducation à la maison évoque elle aussi son lot de difficultés, de reproches, de confiances déçues, ce n’est pas toujours facile de grandir !…

Pourtant au cours de cette période d’éducation tout se joue : en grande partie c’est elle qui a forgé la condition du bonheur ou du malheur de notre existence.

L’éducation reçue, comme son nom l’indique, permet de s’élever. Pour quitter son nid et voir où il va, l’oiseau devra prendre de l’altitude !

Eduquer c’est donner un sens à la vie !

La violence n’a pas grand-chose à voir avec ça et tout est plus facile avec la complicité et la motivation de l’intéressé.

La grandeur et la beauté de l’œuvre d’éducation, c’est de conduire d’émerveillement en émerveillement avec le plaisir de la découverte.

Certes l’enfant a ses paresses, et la tentation de préférer la facilité n’est jamais loin, mais souvent c’est qu’il manque d’encouragements ou de stimulations car il sait bien que la médiocrité ne conduit pas au vrai bonheur et que celui-ci demande des conquêtes, comme la découverte du panorama au sommet de la montagne demande une ascension qui comporte déjà à elle seule de la fierté et de la joie !

La grande responsabilité des premiers éducateurs

Mais quel est le lien de tout ceci, avec notre tigre Tyler ?

Et bien ce que l’industrie du jouet a su mettre en œuvre n’est pas différent des moyens que nous avons pour l’épanouissement d’une belle et riche personnalité.

Car l’éducation ne consiste pas à remplir les cerveaux de connaissances brillantes, à former des êtres doués qui sauront répondre à toutes les questions subtiles d’un jeu comme « qui veut gagner des millions » ?

La clef d’une personnalité authentique ne se trouve pas dans ces capacités savantes. La richesse d’une personnalité se développe avec sa capacité à aimer. C’est l’affectivité qui donne aux êtres leur qualité et leur authenticité. A la naissance, un enfant a une affectivité souple comme une pâte à modeler.

Les premiers éducateurs auront la grande responsabilité de façonner cette pâte vierge et tendre.

C’est toute l’importance des débuts.

Le jeune enfant vient au monde indéterminé, mais il est capable d’une puissance d’apprentissage étonnante ! Un enfant de 3 ou 4 ans peut apprendre 3 langues en même temps. C’est tout à fait remarquable.

Puis l’âge venant, vers 11 ans, cette souplesse diminue.

Il n’y a pas de temps à perdre, cette période est magnifique.

Le délaissement des enfants sevrés d’affection, de respect et d’attention est un drame du développement de l’esprit.

Les abandonner à la violence de la télévision et des jeux vidéo pour avoir la paix est tout simplement criminel.

Il ne s’agit pas de mettre à profit ces premières années pour faire des petits prodiges et pour remplir les crânes de toute sorte de connaissances empilées et inutiles à la manière de ces jeunes champions de l’ère soviétique dont on développait les capacités de manière tyrannique et inhumaine allant jusqu’à l’usage d’hormones pour faire d’eux les meilleurs !

Non il s’agit de mettre à profit ces années pour développer leur imagination, leur sensibilité, leur écoute, leur affectivité.

L’importance de l’amour pour le développement d’une personnalité

Charles Dickens met en situation dans son roman Hard Times, un éducateur désincarné, Thomas Gradgrind, qui affirme que la raison est la seule faculté à laquelle doit s’adresser l’éducation !

Non, seul l’amour est capable d’assurer le développement harmonieux d’une personnalité, et la carence d’amour a des conséquences dramatiques dans ce développement.

C’est l’amour qui donne le goût de vivre en donnant un sens à l’existence : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », dit Notre-Seigneur

L’enfant a besoin de s’entendre déclarer par des paroles, des actes, du temps passé avec lui : « Il est bon que tu existes ».

Alors que la haine ou simplement l’indifférence sont homicides : elles éliminent, elles tuent.

Ce serait dommage que Tyler soit le seul à le lui dire !

Cette reconnaissance doit venir d’une autre personne et pas d’un objet programmé à cet effet.

Car il n’y a pas d’amour qui ne soit vrai, authentique, pur et donc désintéressé. Tyler n’est pas méchant mais il ne fait que répondre de manière artificielle.

Il n’y a ni vérité ni authenticité ni pureté désintéressée dans ses réponses. Si l’enfant s’attache à son tigre Tyler c’est parce qu’il a une disposition à croire vraie et authentique les marques d’affection de son tigre qui réagit avec lui.

Au fond ce n’est pas l’enfant qui passe du temps avec son tigre mais le tigre qui passe du temps avec l’enfant !

Rien de comparable avec le sourire d’une mère et l’attention d’un père qui apprennent à l’enfant qu’il est reconnu, qu’il est aimé parce qu’il perçoit les gestes qui disent la sécurité, la protection et qui finalement expriment un amour dans lequel l’enfant sait sans doute possible qu’il peut trouver refuge.

Aux parents qui mettent au monde l’enfant, Dieu confie le soin de dire tout cela. C’est vital. L’amour s’apprend, par l’amour reçu d’abord.

Il faut prendre le temps de parler aux enfants dès la naissance, leur chanter des chansons, attirer leur attention, leur donner des jouets de belles formes et de belles couleurs, bref leur apporter une multitude de stimulations sensorielles qui permettent le développement de la vie mentale. Les priver de ces stimulations reviendrait à les priver d’un développement normal de leur esprit.

Et ce serait bien dommage que seul le tigre Tyler ait le temps de faire tout ça avec les enfants.

abbé Olivier Berteaux

Mitis et humilis, bulletin des chapelles de Sion et Sierre, janvier 2021