L'Education est un enjeu capital!

Chers fidèles,

L’éducation est un enjeu capital ! On peut dire que tout dépend d’elle, jusqu’à la grande affaire de notre salut.

Adam, créé avec la science infuse, reçoit de ce fait la mission de transmettre son savoir et d’assurer l’éducation des siens.

C’est remarquable : Dieu a confié aux hommes non seulement la mission de peupler la terre mais encore de transmettre la connaissance. C’est même dans la mesure où la transmission de la connaissance est assurée que devient légitime la propagation du genre humain. Pour bien mesurer la grave responsabilité des hommes dans le devoir d’éduquer et de transmettre il faut se rappeler que le salut lui même obtenu par Notre-Seigneur ne peut s’appliquer à nous sans la foi et donc sans la transmission de cette connaissance.

C’est pourquoi Notre-Seigneur va confier à ses disciples la mission sacrée d’aller enseigner toutes les nations : « Allez, enseignez toutes… »

Nous n’aurons jamais la possibilité de rendre à nos parents, à nos maîtres, à ceux qui ont fait œuvre d’éducation auprès de nous, ce qu’ils nous ont transmis. Leur action nous a marqués définitivement et profondément. A cause de cela la vertu de justice quand elle regarde nos parents, nos maîtres ou notre patrie prend une qualité spéciale et on l’appelle : la piété.

Socrate [1] affirme que sa vie durant il n’a cherché qu’un but : réveiller les Athéniens et que le mettant à mort ils se trouvaient dans le grand danger de passer le reste de leur vie à sommeiller !

La folie, le sommeil, et la mort sont trois états qui sont contraires à la vie !

Le sommeil est nécessaire mais personne ne souhaiterait dormir tout le temps !

Qui souhaiterait vivre dans la démence ou la sottise ?

Que dire de l’état de celui qui souhaite se suicider ?

Si la vie se distingue de ces trois états c’est parce qu’elle nous fait croître et nous construire.

Une fois mort, il n’y a plus de croissance possible, le dormeur est immobile et le fou dans le chaos !

Et Socrate avait raison : l’éducateur est un éveilleur.

A la différence de la vie animale qui est toute programmée par le biais de l’instinct, la vie humaine se tourne dès son début vers tous les possibles.

Les animaux sont chacun, dans leur ordre, déterminés à faire les choses d’une certaine manière. Ils vieillissent plus vite que nous car ils atteignent vite le stade de l’incapacité de rien apprendre de nouveau !

Mais nous, les hommes, nous naissons dans le dénuement, sans être déterminés. Nous avons un plein potentiel qui demande à se développer. Ce sera le rôle de l’éducateur d’amener l’enfant au seuil de l’état qui lui permettra de prendre en main sa destinée. C’est dire si la question de l’éducation est au cœur de la condition humaine !

Pour devenir ce qu’il est, l’homme a besoin de naître mais a surtout besoin de maîtres !

Pour entrer en possession du patrimoine inestimable dont un enfant a besoin pour devenir ce qu’il est, la tradition, la transmission et l’éducation vont devoir jouer un rôle de première importance.

Ce patrimoine inestimable lui restera inaccessible si il y a une rupture dans la transmission de l’héritage des anciens.

C’est toute la grandeur et la noblesse et l’enjeu de la mission d’éducation.

Le revers de la médaille de cette possibilité presque infinie de développement par l’éducation, c’est que le jeune encore vulnérable peut facilement être la proie de prédateurs d’innocence et d’éducateurs dévoyés par leurs fausses conceptions.

Si le petit Mozart était né dans une famille sans goût et sans culture, s’il n’avait jamais connu de maîtres, quelques prodigieux que fussent ses talents naturels, aurait-il pu devenir le Mozart qu’on écoute aujourd’hui encore ?

Saint-Exupery parle de Mozart assassiné !

Et Charles Dickens écrivait : « On entend parler quelque fois d’une action en justice pour dommage contre le médecin incompétent qui a déformé un membre cassé au lieu de lui permettre de guérir. Mais que dire des centaines de milliers d’esprits qui ont été déformés à jamais par les ineptes insignifiants qui ont prétendu les former. »

L’éducation détermine et transforme nos vies entières pour le meilleur ou pour le pire, c’est dire si nous devons aborder cette question avec soin et examiner si ceux à qui on confie les enfant sont dignes de cette confiance!

L’actualité est surprenante. Elle développe les perspectives et les possibilités presque infinies de la technique mais en même temps elle organise une violence sans nom sur la part de la société qui est la plus fragile et la plus vulnérable, la jeunesse, que l’ont conduit sans état d’âme à la destruction.

Quels sont les accès qui sont offerts à un jeune pour qu’il puisse trouver le sens de sa vie ?

Le défi central de l’éducation c’est de former des personnes !

Sans accès à la religion et sans contact avec la culture, nous sommes condamnés à assister à la tragédie de l’esprit. C’est la plus grande injustice qui puisse être faite à une personne et par voie de conséquence à la destinée de l’humanité.

Les enfants ont demandé du pain et on leur a lancé des pierres. C’est grave !

Mais ce qu’il y a de plus grave encore c’est que l’absence de religion ou de culture dans une éducation, loin de susciter un manque et un besoin chez la personne qui en est privée au contraire stérilise tout désir et organise l’existence sans appétit pour Dieu et sans goût pour la noblesse et le beau.

Pour souffrir du manque de Dieu et de cette absence de goût pour la noblesse et le beau il faut, au contraire avoir été par un moyen ou par un autre au contact de la religion et de la culture.

La religion, c’est ce qui relie l’homme à Dieu. Sans elle l’homme se trouve incapable de se tourner vers celui à qui il doit rendre le plus grand de ses devoirs : la reconnaissance et la glorification de l’auteur de tous les bienfaits dont il jouit à chaque instant de  son existence.

Avoir accès à la vraie religion c’est la première condition pour pouvoir être un honnête homme !

C’est elle qui permet à l’homme de rendre à Dieu les devoirs qui sont les siens. Sans religion, l’homme demeure dans l’injustice et l’ingratitude la plus profonde puisque qu’il se trouve dans la situation de voler à Dieu ce qu’il lui doit. La religion, c’est une question d’honneur !

La culture nous renvoie à la vie d’un jardin. Elle nous apprend la continuité de la vie, sa dépendance à un milieu, un terroir, elle permet l’épanouissement des âmes, des esprits, des cœurs.

Aujourd’hui on parle volontiers de crises économiques et de catastrophes sanitaires, on devrait plutôt parler de la seule crise de fond qui est due à la faillite de l’éducation religieuse et culturelle.

C’est cette crise de fond qui est capitale et qui explique toutes les autres !

Car les crises économiques ou sanitaires découlent de la perte de l’ordre moral et d’un manque de discernement des fausses cultures.

Socrate avait raison de préciser qu’« une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. »

Nous sommes la proie de ces crises car nous sommes livrés à un totalitarisme économique et que nous consommons la trahison et le rejet du vrai Dieu.

On se justifie en affirmant que c’est le progrès ! On veut imaginer un monde meilleur sans religion, sans différences culturelles qui permettrait à tous de vivre libres et en paix : plus les divisions religieuses, plus de source d’exclusions et de discriminations !

En reléguant les devoirs religieux au domaine privé et personnel, en revisitant l’histoire et la culture afin de faire consensus, les hommes pourront enfin vivre heureux. Ces fausses justifications ne sont pas nouvelles ! Elle dissimule mal leur malhonnêteté !

Un homme sans religion et sans culture, sans passé, déraciné est mûr pour une vie d’esclave soumis, et sans aspiration.

La priorité et l’urgence aujourd’hui c’est sans aucun doute de préserver et de soutenir les œuvres où se fait encore la transmission de la foi et qui permettent l’accès à la culture authentique.

Elles sont nécessairement en situation précaire car elles vont à contre-courant !

Un instinct de survie devrait nous pousser à les aider en toute priorité.

Pourquoi vivre ? La raison d’être de l’existence ne se trouve pas dans l’utilité des choses, ni dans le plaisirs qu’elles nous procurent. L’homme a dans son cœur une loi inscrite et qui dépasse infiniment la satisfaction de ses besoins élémentaires, la foi qui l’habite peut soulever les montagnes, pour elle, il est prêt aux sacrifices les plus sublimes.

Ne gémissons plus sur une société perdue, ce sont les cœurs qu’il faut conquérir et fortifier, et nos sociétés deviendront meilleures.

Saint Augustin a une phrase qui ramasse toute la question de nos crises : Mauvais est le monde parce que mauvais sont ceux qui l’habitent, de même que mauvaise est une maison, non à cause de ses murailles, mais à cause de ceux qui y demeurent.

 

abbé Olivier Berteaux

Mitis et humilis, bulletin des chapelles de Sion et Sierre, octobre 2020

 

[1] Philosophe grec du Ve siècle avant Jésus-Christ considéré comme le père de la philosophie. Condamné à mort pour impiété, Socrate sera rapidement réhabilité et honoré après sa mort tandis que ses accusateurs seront exilés.